 La route qui conduit de Québec à Charlevoix, l'attrait de la région pour les gastronomes, amateurs d'art et autres fondus de ski est encore plus fort.
La route qui conduit de Québec au Massif de Charlevoix, l'une des premières destinations du Canada pour le ski et qui se vante de posséder la plus haute falaise de l'est du pays, est agréable. La chaussée, qui a récemment été remise à neuf, est normalement exempte de toute circulation (attention aux orignaux qui hantent les parcs provinciaux de la région) et ce trajet pittoresque prend à peine plus d'une heure. Mais grâce aux 230 millions de dollars investis dans la région, en grande partie par Daniel Gauthier, l'un des fondateurs du Cirque du Soleil, de nos jours, on n'a même plus besoin de prendre sa voiture.
Depuis l'automne 2011, une nouvelle liaison ferrovière relie en effet la capitale au coeur de Charlevoix, une région de 6000 km carré réputée pour sa beauté naturelle, sa cuisine dont les ingrédients passent directement des champs à la table, une scène artistique vibrante et ses aventures en plein air. Ce train de luxe suit les berges superbes du St-Laurent, 140 km de beauté fluviale qui se termine au vénérable hôtel Fairmount Le Manoir Richelieu dans le port de la Malbaie. En chemin, les passagers peuvent savourer un repas gastronomique - menu à cinq plats composé par les chefs du Manoir - se distraire ou s'instruire avec des iPads proposant des présentations sur l'histoire, la culture et la géographie de la région. Sinon, ils peuvent admirer les paysages fabuleux à travers les fenêtres panoramiques.
À mi-chemin, dans la vallée qui borde le Massif, se niche la charmante ville de Baie-Saint-Paul. C'est là qu'est né le Cirque du Soleil en 1984. Gauthier possède toujours une maison à Cap-aux Corbeaux, la colline imposante qui domine la ville. Stations de ski et parcours de golf ne sont pas réputés pour leur caractère écologique, mais le développement durable est important aux yeux de Gauthier qui a consulté la population durant le processus de développement.
Pour citer un habitant: "Ce ne sera pas Disneyland." La première phase a vu la mise en place de télécabines modernes, la construction d'une piste pour débutants et de quatre nouvelles pistes. Au printemps, un nouvel hôtel de charme, un spa et une gare ouvriront à l'entrée de Baie-Saint-Paul. Cet ensemble de bâtiments, baptisé La Ferme, occupe l'emplacement de la plus vieille ferme du Canada qui fut détruite par un incendie à la fin des années 1990. Une nouvelle navette transportera aussi les skieurs, planchistes et randonneurs en raquettes de Baie-Saint-Paul à la montagne plusieurs fois par jour.
Baie-Saint-Paul, l'une des plus anciennes communes du Québec, est plus qu'une station de ski et elle a des attractions nombreuses en toutes saisons. La ville offre une combinaison séduisante de plaisirs gastronomiques, de culture et de sports. Ses jolies rues étroites, bordées de maisons classées aux toits mansardés, abondes en restaurants, mangasins d'alimentation et galeries d'art. On oublierait presque de chausser ses skis.
Commencez la journée par un petit-déjeuner reconstituant et un bon café à l'élégant Chez Bouquet, un éco-bistro situé dans un ancien magasin sur l'artère principale de la rue Saint-Jean-Baptiste. Asseyez-vous près de la vaste cheminée protégée par une vitre et savourez toutes sortes de spécialités locales comme le fameux fromage Migneron, un fromage au lait de vache qui ressemble à l'Oka. C'est l'un des six fromages qui ont valu des prix à la Maison d'Affinage Maurice Dufour, une fromagerie en périphérie Est de Baie-Saint-Paul.
Pour voir comment est fabriqué le fromage, on peut se rendre à la Maison Dufour et déguster avec délices tous ses fromages dans un petit café ou acheter un panier pique-nique pour le dîner avec du pain, des fruits secs, une bouteille de vin et, bien entendu, des fromages. Durant les mois d'été, on peut assister à la fabrication du fromage, visiter les granges et les pâtures pour y faire connaissance avec les quelque 500 brebis qui constituent le troupeau du berger Tmmy Lavoie.
La Maison Maurice Dufour n'est que l'une des nombreuses étapes du ciorcuit de la Route des saveurs qui serpente de Baie-Saint-Paul à la Malbaie. Inaugurée il y a une dizaine d'années, cet itinéraire relie environ 40 producteurs, commerces et restaurants; ouvrez l'oeil pour ne pas manquer les panneaux ornés d'une toque de chef qui désignent les établissements affiliés.
Parmis ceux-ci, il y a la Boulangerie la Rémy près d'un superbe moulin restauré du XIX ème siècle. Chaque matin, la boulangerie propose ses baquettes et croissants frais, ainsi que sa boule Météorite baptisée ainsi en l'honneur du corps céleste dont la collision avec la terre a donné naissance au massif de Charlevoix il y a 357 millions d'années. De retour vers le Saint-Laurent, dans le charmant village de Les Éboulements - où résident quelque deux cents peintres et sculpteurs - il faut goûter aux desserts de la minuscule Chocolaterie du Village. C'est là que le couple Line St-Pierre et Yves Huppé produit quelque 80 variétés de chocolats belges avec des fèves de cacao de 21 pays. Pour faire bonne mesure, Huppé s'occupe également de la forge voisine ainsi que des chocolateries de Baie-Saint-Paul, Québec et Montréal.
Après quelques heures sur cette piste, votre estomac sera comblé. Retournez à Baie-Saint-Paul pour visiter ses galeries d'art. La lumière éthérée qui baigne la ville fascine poètes et peintres depuis longtemps - dont les membres du Groupe des Sept - et c'est la plus forte concentration de galeries au Canada. Il y en a pour tous les goûts et, dans cette optique, on trouve tous les styles - abstrait, figuratif, folk - et des oeuvres d'artistes québécois, canadiens et français renommés ou émergents. Si la galerie d'art Iris est l'une des plus grandes et des plus courues, il ne faut pas oublier la Galerie Art & Style - dont la devanture est gardée par une statue du fondateur du Groupe des Sept, A.Y. Jackson - et la Maison de René Richard. Le légendaire peintre suisse a passé les 40 dernières années de sa vie dans cette demeure centenaire (mobilier et objets ont été conservés), qui est désormais un musée-galerie consacré à l'oeuvre de Richard et de ses contemporains.
Baie-Saint-Paul se caractérise par une architecture bien pensée et même le moderne Musée d'Art contemporain en verre, briques et acier - qui expose des noms aussi divers que Yousuf Karsh, Shary Boyle et Guy Paquet - s'intègre parfaitement dans les bâtiments classés.
Découvrez la beauté qui ébloui les résidents les plus artistiques de la ville en dépassant les galeries et en vous dirigeant vers le fleuve, derrière l'imposant couvant franciscain, pour vous promener en suivant l'Allée des Nonnes, une promenade d'un kilomètre bordée d'érables. Propice aux balades presque toute l'année, elle vous mènera à d'autres chemins, à des bois parfaits pour observer les oiseaux, à une plage superbe et à plusieurs endroits où vous pourrez faire du kayak, du canoë et de la voile. Il y a même un cargo rouillé dont un ambitieux habitant de Baie-Saint-Paul voulait faire un café sur le littoral. Pour l'instant c'est un refuge pour les oiseaux.
En ville et jusqu'à Cap-aux-Corbeaux, Baie-Saint-Paul propose toutes sortes d'hébergements, de B&B confortables à de luxueuses auberges (et promet Gauthier un jour des "cabanes dans les arbres" plus près des pistes). Il y a notamment L'Estampilles, Auberge, Spa et Restaurant, propriété d'un couple franco-écossais accueillant qui s'est installé au Canada il y a deux ans. On le repère vite grâce à ses murs pêche, mais la déco de ses 11 spacieuses chambres - qui portent les noms de fabricants de meubles connus - est plus sobre. Les accessoires éclectiques, choisis avec goût, évoquent le rustique français ou la ferme des laurentides (les bains bouillonnants suggèrent plutôt un penthouse à Montréal). Le spa et les services - sauna, spa en plein air et massage en chambre sont modestes, mais efficaces, surtout après une journée à slalomer sur les pistes ou en randonnée.
Après toutes ces activités diurnes, Baie-Saint-Paul se calme le soir venu. Mais pas trop: le Mouton Noir, près de la rivière du gouffre, est la table de référence de la ville. Dans les années 1970, le Mouton Noir était un café fréquenté par les hippies. Aujourd'hui, c'est un resto haut de gamme, mais pas prétentieux tenu par Thierry Ferré, un chef breton bon vivant.« Je suis venu pour la gentillesse des Québecois», dit-il. Comme tous ses employés, il est vêtu de noir. Sa cuisine s'inspire de produits de la région. Les portions sont généreuses et les plats originaux. Sa cocotte d'épaule de porc bio, érable et coriandre, pommes de terre, champignons, carottes, radis est un chef- d'oeuvre. On peut d'ailleurs en trouver la recette dans le livre Cuisiner avec le sirop d'érable du Québec qui conseille:« Appréciez ce plat en bonne compagnie.» Et c'est justement ce que vous trouverez au centre-ville, dans le Saint-Pub de la Microbrasserie Charlevoix. Cette microbrasserie- restaurant, ouverte en 1998, produit une vaste sélection de bières divines dont la plupart ne se trouvent qu'au Québec. Dégustez jusqu'à cinq variétés dont la Dominus Vobiscum Blanche, une délicieuse bière au goût camomille épicé, médaille d'or aux Canadian Brewing Awards 2010.
Caroline et Fréderick Bandulet, les propriétaires, viennent de Montréal, mais comme tous les Charlevoisiens, ils sont fiers de leur ville d'adoption. À propos de ses voyages - autres bars, compétitions et agences de spiritueux - Caroline dit avec conviction : « Je ne fais pas la promo du restaurant, je fais celle de toute la région.» Après quelques jours à Baie- Saint- Paul, vous ferez exactement la même chose. |